On se pose souvent des questions sur notre système scolaire : Daniel Pennac(Chagrins d’école paru chez Gallimard) n’apporte pas de réponse mais suscite notre réflexion :
Quelques extraits à méditer :
ABSENTEISME
le proviseur d’un lycée parisien, veille à l’absentéisme. Elle fait elle-même l’appel dans ses classes de terminale. Elle tient particulièrement à l’œil un récidiviste qu’elle a menacé de renvoi
à la prochaine absence injustifiée. Ce matin la l’élève est absent. Elle appelle aussitôt la famille par le téléphone du secrétariat. La mère, désolée, lui affirme que son fils est bel et bien
malade, au fond de son lit, brûlant de fièvre, et lui assure qu’elle était sur le point de prévenir le lycée. Le proviseur raccroche, satisfaite ; tout est dans l’ordre. A ceci près qu’elle
croise le garçon en retournant à son bureau. Il était tout simplement aux toilettes pendant l’appel.
DEVENIR
A chaque rencontre, on constate qu’une vie s’est épanouie, aussi imprévisible que la forme d’un nuage.Je regarde l’heure à ma montre gousset, tous noircissent du papier, sauf Emmanuel à trois ou
quatre rangs de mon estrade, copie blanche. Je l’ai eu deux ans plus tôt. Malin, cossard, inventif, drôle et déterminé. Il me fait signe d’approcher.
Il me lâche : « Si vous saviez comme ça m’emmerde Monsieur ». Et peut-on savoir ce qui t’intéresse ?
- Ça répond-il en me rendant ma montre, qu’il m’a fauchée sans que je m’en aperçoive.
Et ça, ajoute t-il en me rendant mon stylo Pickpocket ? Tu veux devenir pickpocket ?
Prestidigitateur, Monsieur. Ce qu’il devint.
RESPECT
Mes collègues me prennent pour un prof du 19ème siècle ! Ils croient que je collectionne les marques de respect extérieure, que la mise en rangs, les gosses derrière leur chaise,
ce genre de trucs, tient à une nostalgie des temps anciens. Mais en l’occurrence il s’agit d’autre chose : en installant mes élèves dans le silence, je leur donne le temps d’atterrir dans
mon cours, de commencer par le calme.
REFLEXION
… En aura-t-elle proféré des sottises, ma génération, sur les rituels considérés comme marque de soumission aveugle, la notation estimée avilissante, la dictée réactionnaire, le calcul
mental abrutissant, la mémorisation des textes infantilisante etc….
Une seule certitude la présence des élèves dépend étroitement de celle du professeur :
Présence à ma matière
Présence physique, intellectuelle et mentale pendant 55 mn.
QUI LEUR PREND LA TETE ?
« Les profs, ils nous prennent la tête, M’sieur » !
Ils nous prennent la tête avec leurs trucs qui ne servent à rien. Eh bien tu te trompes ils essaient de te la rendre : car ta tête est déjà prise par toutes les publicités, les marques, tes chaussures des « N », tes pulls des « L » et je leur raconte mon enfance où c’était ma grand-mère qui me tricotait mes pulls il n’y avait pas de publicité comme, maintenant, vous avez la tête pourrie de cette Madame Marketing des écrans…
Moi je trouve qu’elles coûtent très cher, vos marques, mais qu’elles valent beaucoup moins que vous.…..
Et nous nous sommes séparés sur une petite Manif verbale : « LI-BE-REZ les mots ! Jusqu’à ce que tous leurs objets familiers : chaussures, sacs à dos, stylos, pull-overs, anorak, baladeurs, casquettes, téléphones, lunettes, aient perdu leurs marques pour retrouver leur nom.
L’ENFANT PRIS EN OTAGE
Il existe cinq sortes d’enfants sur notre planète : l’enfant client chez nous, l’enfant producteur sous d’autres cieux, ailleurs l’enfant soldat, l’enfant prostitué et sur des panneaux incurvé du métro, l’enfant mourant dont l’image, périodiquement, penche sur notre lassitude le regard d la faim et de l’abandon.
Ce sont des enfants tous les cinq.
Instrumentalisés, tous les cinq.